Les 7 péchés capitaux des banques

Chiffres clés

Dépenses de la Belgique liées au sauvetage du secteur financier (2008-2011)
- en milliards d'euros

Sources : Cour des Comptes1 (2009), (2011)
* Le SPV Royal Park Investments est la banque résiduelleBanque résiduelle
Institution financière créée pour y transférer des actifs qui pourraient nuire à la pérennité d'une banque. On parle aussi de « structure de défaisance ». En anglais, on parle de "bad bank".
(ou 'bad bank' en anglais) créée pour loger les actifs toxiques de l'ex-Fortis.

Déchiffrage

Comme le montre le graphique ci-dessus, l'Etat fédéral et les régions ont octroyé des aides à diverses institutions financières entre octobre 2008 et novembre 2011 pour un montant total de 29,8 milliards d'euros. Ces aides se déclinent sous la forme de mesures de recapitalisationRecapitalisation
terme désignant l'ajout de capitaux propres dans la banque lorsque ceux-ci sont considérés comme insuffisants compte tenu de son activité et des risques qu'elle encourt. Lors de la crise de 2008, nombre de banques n'ont pas été en mesure de procéder elles-mêmes à une augmentation de capital pour rembourser tout ou partie de leurs dettes. Dès lors, elles ont dû faire appel à leur Etat pour être recapitalisées.
(21,2 milliards d'euros) et d'octroi de prêts (8,6 milliards d'euros). A titre de comparaison, pour la seule année 2008, les dépenses de l'Etat fédéral liées au sauvetage des banques (soit, 20,3 milliards d'euros) ont représenté plus de 2,5 fois le montant global consacré à l'indemnisation des chômeurs et aux prépensions en Belgique la même année!

Pour se procurer les moyens nécessaires à ces mesures d'aides, l'Etat fédéral et les régions ont été contraints d'augmenter fortement leur niveau d'endettement. Certes, depuis 2009, l'Etat fédéral a récupéré une partie des sommes déboursées (sous la forme de remboursement de prêt, de versement de dividendes, d'intérêts et de rémunération pour le régime de garantie) pour un montant total de 8,3 milliards d'euros. En tenant compte de ces flux de caisse entrants, la Cour des comptes chiffre la progression de la dette publiqueDette publique
Terme désignant la dette de l'État, c'est-à-dire l'ensemble des emprunts contractés par l'État (exemple des obligations d'État ou des bons du Trésor), ainsi que celles des collectivités territoriales et des organismes de Sécurité sociale.
(fédérale) due aux diverses mesures d'aide à 17,6 milliards d'euros. Autrement dit, 35% de l'augmentation de la dette publiqueDette publique
Terme désignant la dette de l'État, c'est-à-dire l'ensemble des emprunts contractés par l'État (exemple des obligations d'État ou des bons du Trésor), ainsi que celles des collectivités territoriales et des organismes de Sécurité sociale.
(fédérale) entre 2007 et 2011 serait imputable aux plans de sauvetage des banques par l'Etat belge.
Toutefois, trois éléments font craindre une aggravation de l'endettement public dans le futur. Tout d'abord, la baisse sévère du cours des actions BNP Paribas et Dexia SA depuis 2008 a engendré une perte potentielle pour l'Etat belge - qui détient des parts dans ces deux banques - de respectivement de 2,3 et 0,9 milliards d'euros. Ces pertes pourraient certes se réduire en cas d'appréciation du cours des actions BNP Paribas et Dexia SA. Néanmoins, il est fort peu probable que celles-ci retrouvent leur niveau d'avant 2008.
Deuxièmement, il faut rappeler que - parallèlement aux mesures de recapitalisationRecapitalisation
terme désignant l'ajout de capitaux propres dans la banque lorsque ceux-ci sont considérés comme insuffisants compte tenu de son activité et des risques qu'elle encourt. Lors de la crise de 2008, nombre de banques n'ont pas été en mesure de procéder elles-mêmes à une augmentation de capital pour rembourser tout ou partie de leurs dettes. Dès lors, elles ont dû faire appel à leur Etat pour être recapitalisées.
et d'octroi de prêts - l'Etat fédéral a également accordé sa garantie à plusieurs banques pour un maximum de 138,1 milliards d'euros. Or, en cas de défaut des entités qui en bénéficient, l'Etat risque de devoir payer effectivement ces garanties. Le risque est particulièrement grand en ce qui concerne Dexia SA: les garanties à charge de l'Etat belge pourraient atteindre 54 milliards d'euros (soit 15% du PIB de la Belgique)!
Enfin, n'oublions pas que la Banque Nationale de Belgique (BNB) a aussi prêté des sommes énormes - sous forme d'"Emergency Liquidity Assistance" - à Fortis en septembre 2008 et Dexia en automne 2015. En cas de défaut de la banque Dexia, la BNB devrait supporter l'entièreté des pertes, ce qui obligerait l'Etat belge à la recapitaliser. Pour ce faire, ce dernier devrait emprunter les fonds nécessaires, ce qui augmenterait mécaniquement la dette publique de la Belgique.