Les 7 péchés capitaux des banques

Perversion

Le métier bancaire est-il perverti? Rares sont en effet les banques qui aujourd'hui se contentent de servir l'économie réelle, en procédant à la collecte de l'épargne et à l'octroi de crédits aux ménages et aux entreprises. Nombre d'entre elles préfèrent tout simplement utiliser l'argent déposé par leurs clients ... pour spéculer!

 

Confusion des genres

Depuis le début des années 1980, un processus de décloisonnementDécloisonnement
Terme faisant référence au processus de suppression des spécialisations bancaires ou financières.
de l'activité bancaire s'est amorcé au sein de l'Union européenne. Autrement dit: les restrictions qui empêchent jusqu'alors les banques de détailBanques de détail (dénommées également banque commerciale)
Institution financière récoltant l'épargne et accordent des prêts aux particuliers, ou aux entreprises.
(spécialisées dans la gestion de dépôts et de crédits) de se lancer dans des activités de banques d'investissementBanque de financement et d'investissement
Institution financière active sur les marchés financiers, se chargeant des opérations financières telles que les émissions d'emprunts obligataires, les souscriptions d'actions, l'introduction en bourse, les fusions-acquisitions, etc. En outre, une banque d'investissement exécute des ordres sur les marchés pour le compte de client ou pour compte propre.
(orientées vers les activités de marchéActivités de marché
Opération d'achat et de vente de produits financiers (actions, produits dérivés, titres de dette, etc.) réalisée dans l'espoir d'en tirer un profit à court terme.
) sont progressivement levées.

Le secteur bancaire européen ressort profondément transformé de ce processus de décloisonnementDécloisonnement
Terme faisant référence au processus de suppression des spécialisations bancaires ou financières.
. Tout d'abord, la suppression des spécialisations bancaires favorise l'émergence de banques universellesBanque universelles
Grand conglomérat financier regroupant les différents métiers des banques de détail, des banques de financement et d'investissement et des banques de gestion d'actifs.
, c'est-à-dire de grands conglomérats financiers [voir Mégalomanie] regroupant tous les compartiments de la finance (dépôt, assurance et activités de marchéActivités de marché
Opération d'achat et de vente de produits financiers (actions, produits dérivés, titres de dette, etc.) réalisée dans l'espoir d'en tirer un profit à court terme.
). En outre, le mouvement de décloisonnementDécloisonnement
Terme faisant référence au processus de suppression des spécialisations bancaires ou financières.
incite les banques à se détourner progressivement du financement de l'économie réelle au profit d'activités de marchéActivités de marché
Opération d'achat et de vente de produits financiers (actions, produits dérivés, titres de dette, etc.) réalisée dans l'espoir d'en tirer un profit à court terme.
(opérations d'achat et de vente de produits financiers tels que des dérivésProduits dérivés
Instrument financier utilisé à l'origine pour protéger les investisseurs contre des variations inattendues de taux d'intérêt, de taux de change, de cours d'une action, du prix des matières premières, ou encore du risque de défaut de paiement d'un crédit. Concrètement, acheter un produit dérivé donne le droit (avec les options) ou l'obligation (avec les futures) d'acheter ou de vendre un actif dit sous-jacent (action, devise, pétrole etc.) à une date ultérieure, mais à un prix fixé aujourd'hui.

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, actions, titres de dette, etc.).

Le cas des dix plus grandes banques européennes cotées en bourse est particulièrement illustratif à ce sujet. En effet, d'après les estimations de l'ONG Finance Watch, la part de leur portefeuille de prêts ne représente plus en moyenne que 36% du total de leur actifActif
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
(chiffre pour l'année 2010). Autrement dit, une large part de leurs activités est désormais de nature purement spéculative.

Dommages collatéraux

L'élimination des barrières bancaires génère de multiples effets pervers. En favorisant la constitution de banques universellesBanque universelle
Grand conglomérat financier regroupant les différents métiers des banques de détail, des banques de financement et d'investissement et des banques de gestion d'actifs.
, elle permet tout d'abord à ces dernières d'utiliser les dépôts d'épargne de leurs clients pour financer leurs activités spéculatives. Deuxièmement, elle intensifie la transmission des chocs financiers à l'économie réelle. En effet, lorsque les banques universellesBanque universelle
Grand conglomérat financier regroupant les différents métiers des banques de détail, des banques de financement et d'investissement et des banques de gestion d'actifs.
enregistrent de lourdes pertes via leurs activités spéculatives, elles tendent à répercuter les coûts qui en résultent sur leur division "banque de détail"banque de détail (dénommées également banque commerciale)
Institution financière récoltant l'épargne et accordent des prêts aux particuliers, ou aux entreprises.
, en accroissant leurs marges sur les prêts et en diminuant l'octroi de crédits aux particuliers et aux entreprises. C'est précisément ce qui se produit à l'heure actuelle, où – perversion suprême – les banques justifient l'augmentation des marges par l'accroissement du risque consécutif à la crise, dont elles sont pourtant responsables !

Enfin, la suppression des spécialisations bancaires encourage la prise de risque excessive. Dans la mesure où elles détiennent des dépôts d'épargne, les banques universellesBanque universelle
Grand conglomérat financier regroupant les différents métiers des banques de détail, des banques de financement et d'investissement et des banques de gestion d'actifs.
peuvent en effet forcer les Etats à leur venir en aide lorsqu'elles se retrouvent en difficulté financière.