Les critères

Ma banque …

1. Finance les ménages et entreprises
Dans quelle mesure une banque contribue-t-elle au financement de l’économie réelle? En analysant l’ampleur de ses activités dites de « détail » – qui consistent traditionnellement à collecter des dépôts et à octroyer des prêts aux ménages et aux entreprises – il est possible de répondre à cette question.
De manière générale, la propension d’une banque à fournir des services essentiels pour la collectivité est d’autant plus forte que la part de ses prêts à la clientèle (ménages et entreprises) est élevée.
Il ressort clairement de notre analyse que les banques Bank J. Van Breda, Crelan Groep, ING Groep, Axa Bank Europe, Argenta, Triodos et CPH consacrent une large part de leur activités au financement d’entreprises et de particuliers. À l’inverse, Deutsche Bank et BNP Paribas se révèlent assez peu ancrées dans l’économie réelle.
Ceci étant, il est évidemment essentiel de ne pas se focaliser uniquement sur l’ampleur des activités de détail d’une banque pour évaluer sa contribution à l’économie réelle. Certaines activités de prêts sont également de nature spéculatives, telles que le financement de bulles immobilières. Il faut donc toujours appréhender un indicateur avec nuance et précaution.
2. Ne spécule pas
Comment évaluer si une banque joue ou non au casino ? Une manière de procéder consiste à calculer la part des « actifs financiers détenus à des fins de transaction » dans son bilan. Plus précisément, il s’agit d’actifs (i.e. actions, obligations, produits dérivés, etc.) qui sont acquis par la banque en vue d’être vendus ou rachetés à court terme.
De manière générale, la propension d’une banque à spéculer est d’autant plus forte que la part de ses actifs financiers détenus à des fins de transaction (dans le total du bilan) est élevée.
Il ressort clairement de notre analyse que Deutsche Bank et BNP Paribas consacrent une large part de leurs activités à des opérations de nature spéculative. En 2016, les montants de leurs instruments financiers classés en portefeuille de transaction s’élevaient respectivement à 744 milliards d’euros et 692 milliards d’euros.
En proportion de leur bilan, les banques ING Groep, Belfius et KBC détiennent également une part non négligeable d’actifs financiers acquis en vue d’être vendus à court terme. Ceux-ci s’élevaient en 2016 respectivement à 122 milliards d’euros, 26 milliards d’euros et 24 milliards d’euros.
3. Est peu endettée
La crise financière de 2008 a mis en lumière le fait que de nombreuses banques n’hésitent pas à prendre beaucoup de paris, en ayant peu d’argent à elles (c’est-à-dire de « capitaux propres »). Comment ? En empruntant les sommes nécessaires à d’autres banques.
Cela leur permet dès lors de démultiplier les gains potentiels de leurs placements. Cependant, lorsque les paris spéculatifs tournent mal, elles peuvent mettre en difficulté les banques qui leur prêtent et créer un risque « systémique » par voie de contagion.

D’où la nécessité d’évaluer si une banque est peu ou fortement endettée ! Un moyen d’y parvenir est de calculer son « ratio de levier ». Plus celui-ci est élevé, moins la part de dette dans le financement des actifs (i.e. prêts, actions, obligations, instruments dérivés) de la banque est importante. À l’inverse, plus il est bas, moins la part de fonds propres dans le financement des actifs de la banque est élevé.
Avec un ratio de levier de 3,5%, la Deutsche Bank se classe bonne dernière de notre classement. Un tel pourcentage signifie que, pour chaque euro de fonds propres, la banque allemande emprunte jusqu’à 29 euros !
À l’exception de la Deutsche Bank, toutes les autres banques du classement ont un ratio de levier largement supérieur à ce qui devrait devenir prochainement le minimum légal (3%). Leur ratio de levier varie en effet entre 3,9% et 6,6%, ce qui est néanmoins encore bien en dessous du niveau de 10%, que de nombreux académiques considèrent comme le niveau le plus adéquat. Seule la banque Triodos présente un ratio de levier se rapprochant de ce niveau (9,3%).

4. A une base de financement stable
Comment évaluer si une banque finance ou non ses activités à l’aide de financements stables ? Un moyen d’y parvenir consiste à calculer la part des dépôts de clients dans son bilan. Plus celle-ci est élevée, plus la banque dispose d’une base de financement stable.
À l’inverse, une faible proportion de dépôts de clients indique généralement une dépendance de la banque aux financements de court terme, qui sont par essence plus instables (telles que le financement interbancaire ou de gros). La crise de 2008 a en effet démontré qu’une trop forte dépendance à ce type de financements obtenus sur les marchés de capitaux expose la banque à des risques financiers importants : si les marchés de capitaux à court terme se bloquent subitement, celle-ci se retrouve directement en difficulté. Elle s’expose dès lors à ce qu’on appelle un risque de « liquidité ».
Notre étude montre que les banques Triodos, Bank J. Van Breda, Degroof Petercam, CPH, VDK Spaarbank, Crelan Groep ou encore Argenta disposent d’une base de financement très stable, car composée pour l’essentielle de dépôts de clients. À l’inverse, Deutsche Bank, BNP Paribas ou Banque Nagelmackers demeurent largement dépendantes de sources de financement plus risquées : n’ayant pas suffisamment de dépôts pour couvrir la totalité de leurs activités de crédits et de marché, elles sont contraintes d’emprunter sur le marché interbancaire/marché de gros, par nature instable. Avec respectivement 8% et 12% de leurs sources de financement lié au marché interbancaire, Belfius et KBC présentent aussi une fragilité potentielle dans ce domaine.
5. N’aime pas les paradis fiscaux
Comment évaluer si une banque est dopée aux paradis fiscaux ? Un moyen d’y parvenir est de calculer son chiffre d’affaires réalisé dans ces derniers.
Il ressort ainsi de notre étude que, pour l’année 2016, KBL et Degroof Petercam présentent la part la plus élevée de revenus générés dans des paradis fiscaux en dehors des Pays-Bas. La première a obtenu presque la moitié de ses bénéfices au Luxembourg. Quant à la deuxième, près d’un tiers de ses revenus ont été générés au Luxembourg et en Suisse.
En ce qui concerne les autres banques de notre classement, les informations suivantes peuvent être données : Belfius a déclaré des pertes à hauteur de 100 millions d’euros au Luxembourg et en Irlande ; BNP Paribas a enregistré près de 3,5 milliards d’euros de revenus dans 8 paradis fiscaux, dont la majeure partie a été générée au Luxembourg, en Suisse, à Hong Kong et à Singapour ; Crédit Mutuel a obtenu des revenus de près de 500 millions d’euros au Luxembourg, à Singapour, et en Suisse ; Deutsche Bank a développé des activité dans 11 paradis fiscaux, la majeure partie des 4,4 milliards d’euros de revenus dégagés ayant été réalisés au Luxembourg, à Hong Kong, et en Suisse ; ING Groep a enregistré 800 millions d’euros de revenus dans six paradis fiscaux en dehors des Pays-Bas, dont la majeure partie au Luxembourg et à Singapour; KBC a réalisé un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros dans quatre paradis fiscaux, dont la majeure partie en Irlande et, dans une moindre mesure, au Luxembourg ; enfin, Rabobank a généré 1 milliards d’euros de revenus dans six paradis fiscaux, dont l’essentiel en Irlande et à Singapour.

Notons que l’opacité offerte par les paradis fiscaux permet aux banques de bénéficier d’avantages d’ordre réglementaire (i.e. contournement des règles de prudence financière), fiscal (i.e. facilitation de fraude et/ou d’évasion fiscale) et judiciaire (i.e. non-coopération judiciaire).

6. Ne minimise pas son exposition réelle aux risques
Les banques de taille significative sont autorisées à utiliser leurs propres modèles de calcul des risques pour déterminer leur niveau de fonds propres réglementaires. Cela génère potentiellement d’énormes conflits d’intérêts, car elles peuvent être tentées de sous-évaluer leurs risques (de crédit et de marché) afin de respecter plus facilement les règles en vigueur en matière de prudence financière.
Notre étude révèle ainsi un paradoxe inquiétant : les banques les plus endettées sont celles qui présentent des pondérations de risque moyennes parmi les plus basses ! Cela pourrait dès lors indiquer qu’elles procèdent à des manipulations comptables afin d’apparaître plus solides financièrement qu’elles ne le sont en réalité.
Cela pourrait être le cas, par exemple, pour Axa Bank Europe, Argenta et Deutsche Bank, qui présentent des pondérations de risque moyennes respectives de 17% et  22%. Soit, des niveaux extrêmement bas.
À l’inverse, Triodos Bank présente une pondération de risque moyenne élevée (48%), ce qui laisse supposer que la banque hollandaise adopte une approche beaucoup plus prudente concernant l’évaluation de son exposition aux risques de crédit.