Les 7 péchés capitaux des banques

Imprudence

S'endetter plus pour gagner plus! Telle est la doctrine suivie par de nombreuses banques européennes. En empruntant à court terme sur les marchés financiers, celles-ci ont en effet la possibilité de financer à très faible coût leurs activités spéculatives. Une stratégie qui leur assure des profits conséquents quand le crédit bon marché coule à flot, mais qui les fragilise fortement lorsque celui-ci se tarit subitement.

Une vie à crédit

Nombre de banques ne se contentent pas de leurs dépôts d'épargne pour financer leurs opérations de prêts et de marché. Elles n'hésitent pas à s'endetter massivement auprès d'autres banques (via le marché interbancaireMarché interbancaire
Marché réservé aux banques pour échanger entre elles des actifs financiers et emprunter/prêter à court terme. C'est également sur le marché interbancaire que la Banque centrale européenne (BCE) intervient pour apporter ou reprendre des liquidités (gestion de la masse monétaire pour contrôler l'inflation).
) ou d'investisseurs (via le marché monétaireMarché monétaire
Marché du court terme où les banques, les compagnies d'assurance, les entreprises et les Etats (via les banques centrales et les Trésor publics) prêtent et empruntent des fonds en fonction de leur besoin. Les principaux supports sont les certificats de dépôt, les bons du Trésor, les billets de trésorerie, les prêts interbancaires en "blanc", les pensions livrées, les repos, etc.
ou obligataireMarché obligataire
Marché de prêts/emprunts de capitaux à moyen et à long terme dont le support est constitué par les obligations. Pour rappel, les obligations représentent des parts d'emprunts émis par les entreprises ou les Etats.
) pour pouvoir octroyer plus de prêts aux particuliers et aux entreprises, ou faire de plus gros paris spéculatifs. Une large part de cet endettement est de très court terme : les sommes empruntées doivent être remboursées dans un délai qui ne dépasse parfois pas les 24 heures ! D'où la nécessité pour les banques de refinancer constamment leurs dettes arrivant à échéance par de nouveaux emprunts.

En recourant à l'endettement, les banques cherchent à dégager des profits très élevés à partir d'un capital de départ (fonds propresFonds propres(ou capitaux propres)
Désignent les capitaux qu'une banque n'a pas eu à emprunter, et qu'elle n'aura donc pas à rembourser. Ces fonds proviennent soit des actionnaires, qui les ont versés pour devenir copropriétaires (capital social et primes d'émission éventuelles), soit des bénéfices non distribués aux actionnaires et accumulés dans la banque (réserves, déduction faite des pertes éventuelles), soit des provisions faites en prévision de charges à venir.
) limité. Autrement dit, elles tentent de créer ce qu'on appel en économie un "effet de levier"Effet de levier
Terme désignant la capacité des banques à prendre des positions qui excèdent leurs fonds propres. Autrement dit, l'effet de levier consiste à avoir recours à l'endettement pour augmenter la rentabilité des fonds propres. Pour que l'effet levier marche, il faut que le taux de rentabilité du projet soit supérieur au taux d'intérêt à verser pour la somme empruntée.

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. Pour y parvenir, elles se lancent dans des opérations financières à la rentabilité bien supérieure au taux d'intérêt à verser pour la somme empruntée. Ce fut, par exemple, la stratégie financière suivie par le groupe Dexia avant son démantèlement en 2011. La banque franco-belge dégageait l'essentiel de ses profits en empruntant sur les marchés à court terme à des taux d'intérêt très bas, pour ensuite prêter à long terme au secteur public à des taux plus élevés. A tel point qu'en 2008 (année de son premier sauvetage par les gouvernements belges, français et luxembourgeois), Dexia affichait un ratio de levierRatio de levier
Ratio correspondant au rapport entre le total des actifs et les capitaux propres de la banque (Total actifs / Capital Tier 1).
de 40. Autrement dit, pour un euro de fonds propresFonds propres(ou capitaux propres)
Désignent les capitaux qu'une banque n'a pas eu à emprunter, et qu'elle n'aura donc pas à rembourser. Ces fonds proviennent soit des actionnaires, qui les ont versés pour devenir copropriétaires (capital social et primes d'émission éventuelles), soit des bénéfices non distribués aux actionnaires et accumulés dans la banque (réserves, déduction faite des pertes éventuelles), soit des provisions faites en prévision de charges à venir.
, la banque franco-belge empruntait près de 40 euros! Le recours abusif des banques à l'emprunt génère donc des risques importants.

Aveuglement au désastre

En période d'expansion économique, les banques bénéficient de financement bon marché et quasi illimité, ce qui incite nombre d'entre elles à accorder des prêts plus hasardeux et à prendre des positionsPosition
On dit d'un investisseur qu'il possède une position lorsque celui-ci a des titres ou des actions sur le marché. On peut distinguer deux types de positions. La première est la position acheteur ou la position longue. Dans ce cas, l'investisseur est en possession d'un certain nombre d'actions ou de titres et celui-ci croit fermement que la valeur des dites actions ou titres sont susceptibles d'augmenter. La seconde est la position vendeur ou la position courte.

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plus risquées. Elles contribuent par ce biais à la formation de bulles Bulle financière
Se définit comme une hausse artificielle des cours due à la spéculation. Plus précisément, une bulle financière apparait lorsque la hausse des cours est justifiée uniquement par l'anticipation de la poursuite de la hausse des cours.
spéculatives, comme ce fut le cas dans le secteur immobilier américain, irlandais et espagnol durant les années 2000. Néanmoins, lorsque ces bulles Bulle financière
Se définit comme une hausse artificielle des cours due à la spéculation. Plus précisément, une bulle financière apparait lorsque la hausse des cours est justifiée uniquement par l'anticipation de la poursuite de la hausse des cours.
éclatent, les banques les plus dépendantes au financement de court terme se retrouvent rapidement en difficulté. Leur capacité de remboursement étant subitement mise en doute, elles voient leurs conditions d'emprunt se détériorer sur les marchés financiers. Tandis que leurs consœurs rechignent à leur prêter de l'argent, les investisseurs (fonds de pension, sociétés d'assurance, fonds communs de placement, etc.) n'hésitent pas, quant à eux, à stopper net le refinancementRefinancement
Désigne le fait de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser ses dettes actuelles.
de leurs dettes.

L'assèchement des liquidités sur les marchés de financement force dès lors les banques les plus fragilisées à vendre en catastrophe leurs actifsActif
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
à prix réduits, ce qui provoque des baisses subites et marquées du prix de ces actifsActif
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
, entraînant d'autres banques dans la tourmente financière. En résumé, l'endettement massif à court terme de nombreuses banques les expose à ce qu'on appelle en économie des risques de liquidité et de refinancementRefinancement
Désigne le fait de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser ses dettes actuelles.
importants.