Les 7 péchés capitaux des banques

Mégalomanie

Toujours plus grand! C'est le mot d'ordre suivi par l'industrie bancaire depuis le milieu des années 1990. L'appât du gain y est évidemment pour beaucoup: en augmentant leur taille, les banques réduisent la concurrence et, par voie de conséquence, démultiplient leurs bénéfices. Mais, l'accroissement constant de leur taille a également un prix: l'accumulation des risques. Or, lorsque ceux-ci se matérialisent, l'Etat n'a souvent plus d'autre choix que de sauver des institutions devenues "trop grandes pour faire faillite".

Folie des grandeurs

A coups de fusions et d'acquisitions, nombre de banques se sont progressivement constituées en géants bancaires européens. A tel point que la taille de leur actifActif
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
 dépasse souvent le PIBProduit intérieur brut (PIB)
Indicateur additionnant les valeurs ajoutées de toutes les entreprises opérant à l'intérieur du territoire national. Il comptabilise l'ensemble des activités créatrices de revenus à l'intérieur d'un territoire, soit la richesse monétaire totale d'un pays.
de leur pays d'origine. A titre d'exemple, le total de l'actifActif
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
des banques Fortis et Dexia correspondait en 2007 respectivement à 260% et 180% du PIBProduit intérieur brut (PIB)
Indicateur additionnant les valeurs ajoutées de toutes les entreprises opérant à l'intérieur du territoire national. Il comptabilise l'ensemble des activités créatrices de revenus à l'intérieur d'un territoire, soit la richesse monétaire totale d'un pays.
de la Belgique. Une telle concentration du secteur bancaire européen favorise l'émergence de banques dites "systémiques"Institutions financières d'importance systémique ("SIFIs" en anglais)
Institutions dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système financier et l'économie réelle, notamment en raison de leur taille, leur complexité et leur interdépendance (avec d'autres institutions financières).
, c'est-à-dire: dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système économique dans son ensemble et ce, en raison de leur grande taille et de leur interdépendance. D'après le Conseil de stabilité financière (CFS)Conseil de stabilité financière ("Financial Stability Board" ou FSB)
Groupe économique informel créé lors de la réunion du G20 à Londres en avril 2009. Il succède au Forum de stabilité financière ("Financial Stability Forum" ou FSF) institué en 1999 à l'initiative du G7. Il regroupe 26 autorités financières nationales (banques centrales, ministères des finances, etc.), plusieurs organisations internationales et groupements élaborant des normes dans le domaine de la stabilité financière.

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, près de douze banques européennes entreraient dans cette catégorie.

Grandeur et décadence

L'existence de banques systémiquesInstitutions financières d'importance systémique ("SIFIs" en anglais)
Institutions dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système financier et l'économie réelle, notamment en raison de leur taille, leur complexité et leur interdépendance (avec d'autres institutions financières).
engendre trois effets pervers principaux. Premièrement, celles-ci s'autorisent à prendre des risques financiers inconsidérés, dans la mesure où leur statut de banque "trop grande pour faire faillite" leur permet de forcer les Etats à leur venir en aide lorsqu'elles se retrouvent en difficulté financière. Autrement dit, en partant du principe que le contribuable payera in fine les dégâts qu'elles créent, les banques systémiquesInstitutions financières d'importance systémique ("SIFIs" en anglais)
Institutions dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système financier et l'économie réelle, notamment en raison de leur taille, leur complexité et leur interdépendance (avec d'autres institutions financières).
prennent plus de risques, faisant jouer ce qu'on appelle en économie "l'aléa moral"Aléa moral(accordées au secteur financier)
Aides se déclinant sous la forme de mesures de recapitalisation (apports de capitaux publics dans les banques en difficulté), d'opérations de rachats d'actifs douteux, d'octroi de prêts à court terme ainsi que de garanties.
. Les faits sont d'ailleurs là pour le démontrer: les 145 banques dont l'actifActifs financiers
Investissement (matériel ou immatériel) fait en vue de réaliser un bénéfice. De manière générale, les actifs d'une banque sont les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), les créances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le portefeuille financier (actions, titres émis par d'autres sociétés et acheté par la banque).
total était supérieur à 100 milliards de dollars en 2008 ont accaparé plus de 90% des aides publiques octroyées par les gouvernements suite à l'émergence de crise.

Deuxième effet pervers: l'expérience démontre que, plus la taille d'une banque augmente, plus l'utilité sociale et économique de ses activités diminue [+d'infos]. Enfin, l'existence de banques systémiquesInstitutions financières d'importance systémique ("SIFIs" en anglais)
Institutions dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système financier et l'économie réelle, notamment en raison de leur taille, leur complexité et leur interdépendance (avec d'autres institutions financières).
tend également à fausser les règles de concurrence les plus élémentaires. Etant assurées d'être sauvées par leur Etat en cas de faillite, ces dernières se voient en effet attribuer un risque de défaut moins élevé de la part des agences de notationAgence de notation
Société dont la mission est de noter les sociétés, les banques ou des investisseurs émettant des titres de dettes. Elle note la solvabilité de l'émetteur, la capacité de l'entreprise à rembourser l'ensemble de ses dettes à leurs échéances. Chaque émetteur reçoit une notation, la demande pouvant provenir de l'émetteur ou non. A ce jour, les plus grandes agences de notation sont Standard & Poors', Moody's, Fitch, Dominion. Leurs notations s'étalent de l'AAA au D.
et, par conséquent, se financent à moindre coût sur les marchés financiers [+d'infos]. Par ce biais, elles disposent d'un avantage compétitif non négligeable par rapport aux banques de petite et moyenne taille qui - dépourvues du statut de banque "trop grande pour faire faillite" - doivent, quant à elles, emprunter à des taux plus élevés.